Mon refuge
Il existe un lieu au bord du monde, là où la terre hésite encore avant de se livrer à la mer. Là, je retrouve ce rivage que je porte en moi comme un secret ancien, un refuge silencieux où mon âme semble enfin reconnaître sa demeure.
J’y viens pour me perdre et mieux me retrouver.
La mer s’étire jusqu’à l’infini dans des nuances d’acier, d’azur et de lumière.
Le vent dessine des chemins invisibles sur le sable, tandis que les vagues répètent inlassablement leur prière contre le rivage.
Tout paraît simple ici, et pourtant tout est immense. Les nuages traversent le ciel comme des pensées lentes, les oiseaux glissent dans l’air avec une grâce que nul mot humain ne saurait retenir.
Parmi les hommes, je me sens souvent étrangère.
Comme si mon regard cherchait une langue oubliée que le monde ne parle plus.
Les visages passent, les voix se croisent, les jours s’empilent, et quelque chose en moi demeure à distance, suspendu dans une solitude sans tristesse, mais profonde, choisie.
Alors je marche vers la mer.
Là, je n’ai plus besoin de traduire ce que je suis.
Je peux déposer mes masques dans l’écume.
Je peux laisser le vent traverser mes pensées comme il traverse les roseaux de Camargue.
Je ne suis plus celle qui tente de trouver sa place parmi les autres ; je deviens simplement une présence parmi les éléments. Une respiration dans le souffle du large. Une ombre parmi les nuages. Une parcelle de silence accordée au rythme des vagues.
La nature ne me demande rien. Elle ne juge pas mes silences ni mes absences. Elle m’accueille avec l’indifférence bienveillante des choses éternelles. Et dans cette liberté immense, je me découvre enfin.
Je contemple la lumière qui danse sur l’eau comme un trésor dispersé. Je regarde les lignes mouvantes de l’horizon où le ciel et la mer se confondent.
Chaque détail devient une révélation : la transparence d’une vague, la courbe d’une aile, l’éclat d’un coquillage abandonné sur le sable.
Capter cette beauté est ma manière d’habiter le monde.
Lorsque mes yeux recueillent ces fragments de grâce, quelque chose s’apaise en moi.
Je cesse de chercher ailleurs ce qui me manque. Je comprends que mon appartenance n’est peut-être pas dans le tumulte des hommes, mais dans cette alliance secrète avec le vent, l’eau et la lumière.
Là, je ne suis plus étrangère.
Je suis la voyageuse immobile qui écoute la mer raconter des histoires plus anciennes que les mots.
Et dans ce paysage marin où j’aime me perdre, je trouve ce que nulle route, nulle ville et nul regard humain ne pourraient m’offrir : la sensation rare et précieuse d’être pleinement moi.























































































